Pris entre une vision systémique qui nie l’individu pour se concentrer sur le groupe, et une vision individualiste qui cultive la compétition entre les individus, il me semblait qu’une autre voie devait être tracée : une voie qui place l’homme au cœur de toutes les politiques publiques, qui fait de l’éducation et de la culture le socle de l’édifice, qui envisage l’économie non comme un asservissement mais comme une dynamique qui permette à chacun de s’épanouir au quotidien dans son travail et dans sa vie grâce à des revenus décents, une vision qui modélise un développement durable pragmatique dans lequel l’écologie est au service de l’homme et non le contraire.
Cette vision consacre l’individu comme un être social, l’homme dans toute sa dimension d’épanouissement personnel au sein d’un corps social où tous les individus sont solidaires, se respectent, s’entraident, et où pourtant chacun jouit d’une véritable liberté personnelle : à l’œuvre, les valeurs sont la liberté, l’égalité, la fraternité… bref, la République… et le cadre est nécessairement la démocratie où chacun a des droits, mais aussi des devoirs, où les seules limites à la liberté de chacun doivent être les règles communes, le droit, mais aussi la justice, c'est-à-dire le respect fondamental de l’esprit dans lequel les règles communes ont été adoptées.
Cette voie et ces valeurs fondamentales fondent le courant de pensée politique nommé radicalisme.
Avant de développer plus loin sur mon engagement politique personnel, observons la situation actuelle :
Dans le débat politique aujourd’hui, les citoyens sont sommés de choisir entre trois options, trois chemins à emprunter :
• privilégier la relance de l'économie, d'une économie capitaliste et financière, frappée de plein fouet par la crise, corrigée a minima, qui s'abrite derrière le besoin de croissance pour se limiter à des changements cosmétiques ;
• confier à l'Etat la conduite d'une politique sociale qui réponde à la montée du chômage, lui donner les moyens d'une reprise en main de l'économie, au prix, toutefois, de l'innovation et du dynamisme (notamment en bridant l’action des petites et moyennes entreprises déjà écrasées de charges);
• se concentrer sur l'urgence écologique, la lutte contre le changement climatique, la pollution et la dégradation des écosystèmes, quitte à reléguer au second plan les difficultés économiques et sociales que nous rencontrons
Ces positions s'excluent mutuellement, et leurs défenseurs se laissent emporter par les excès de leur thèse au détriment des deux autres. Le capitalisme débridé a déjà fait la démonstration de son mépris pour la protection sociale et de son indifférence face aux pollutions qu'il cause. La rigidité étatique a déjà paralysé l'initiative individuelle et ignoré, ou remisé, la protection de l'environnement. L'écologie, au nom du principe de précaution, impose un frein à l'innovation, et, face à son objectif de remise en ordre de l'environnement, la justice sociale paraît souvent bien secondaire.
A opposer ces trois objectifs, on oublie que richesse, solidarité et environnement sont l'expression d'un même but : améliorer, génération après génération, le bien-être de l'humanité.
Ces trois préoccupations m'ont toujours semblé indissociables : privilégier l'une, c'est choisir de dégrader les deux autres et compromettre l'ensemble :
• pour créer durablement de la richesse, il y a besoin d'un haut niveau de bien-être, qui implique protection sociale et environnement (au sens large, cadre de vie, habitat) préservé ;
• mais pour assurer la solidarité et la préservation de l'environnement, il faut aussi de la richesse à redistribuer.
L'objectif du radicalisme, c'est d'assurer une croissance durable en équilibrant ces trois impératifs et le projet radical propose des moyens pour y parvenir.
Cela passe tout d'abord par une redéfinition du rôle de l'entreprise et de ses apports, économiques et citoyens.
Je viens du monde de l'entreprise, et j'y ai acquis la conviction que c'est à l'initiative individuelle, source de l'innovation, qu'il appartient de donner à l'économie son dynamisme, et que l'Etat a pour mission d'inciter, de soutenir, d'aider, mais en aucun cas de se substituer à l'entreprise comme moteur économique.
Mais le rôle de l'entreprise ne peut pas se limiter à la création de richesse. Parce qu'elle est un élément de la cité, parce que les citoyens dépendent d'elle pour leur subsistance, parce qu'ils y investissent une part de leur énergie et de leur créativité, l'entreprise doit être plus qu'une machine économique.
Les entreprises peuvent et doivent être citoyennes, elles doivent se donner des objectifs sociaux, des objectifs civiques, des objectifs écologiques, au-delà des objectifs économiques.
Comme chef d'entreprise, j'ai travaillé à démontrer qu'une telle démarche était possible.
Une entreprise qui fait le choix d'accueillir des stagiaires, pas pour les exploiter mais pour les former, et qui prend le temps de leur apprendre leur futur métier, adopte ainsi une démarche citoyenne.
Une entreprise qui recrute et qui pérennise l'emploi, une entreprise qui répartit plus équitablement les richesses qu'elle crée, une entreprise qui se préoccupe de l'environnement lorsqu'elle définit ses choix de production et de transport, est citoyenne.
Il appartient à l'Etat d'accompagner les entreprises dans cette démarche, de les encourager et de les soutenir. Il appartient aux collectivités locales, dans une logique de concertation et de coopération, d'aider les entreprises à constituer et à entretenir un tissu économique durable.
La prospérité est une responsabilité partagée, elle repose sur l'initiative du privé et sur le soutien du public, et la collectivité, dans son ensemble, doit en profiter.
Si dans cette logique, par exemple, les charges sociales pesant sur l’emploi étaient abaissées, mais qu’en contrepartie les impôts sur les bénéfices étaient augmentés, que se passerait-il ?
Une entreprise embaucherait plus facilement, et pourrait produire avec 5 salariés ce qu’elle produisait avec 4. L’objectif n’est pas de réduire la productivité, mais bien de consacrer le temps dégagé à de la formation, interne ou externe. Ce faisant, les savoir-faire des salariés, leur valorisation et leur épanouissement personnel s’en trouvent également augmentés.
Et cela va aussi dans le sens de l’entreprise qui produit également ainsi des services ou des produits à plus forte valeur ajoutée, reposant sur ces savoirs-faire.
Comment se finance cette baisse de charge ?
En donnant du travail aux demandeurs d’emploi, et en réduisant ainsi le nombre de personnes indemnisées, on réduit également le besoin de financement de la couverture sociale. Qui plus est, ces nouveaux salariés cotisent et consomment, réintroduisant dans l'économie leurs salaires.
En outre, la hausse de la taxation des bénéfices agit comme un régulateur, et constitue la garantie de ce système. Une entreprise qui réalise des bénéfices importants doit faire un choix : soit augmenter ses salariés pour réduire ses bénéfices, soit redistribuer, par l'impôt, une partie de cette richesse.
Dans le premier cas, les salariés étant augmentés, les charges sociales augmentent proportionnellement et leur consommation aussi. Dans le second cas, l’impôt augmenté vient assurer l’équilibre des dépenses sociales.
Cette vision fait des salariés la véritable richesse de l’entreprise et assure un développement économique dynamique et solidaire.
Cela passe ensuite par une redéfinition du rôle de l'Etat, de ses missions et de ses moyens.
La soif d'initiative des acteurs sociaux, culturels, économiques, du pays, impose à l'Etat de recentrer son action : mais dans le périmètre de ses missions, aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin d'un Etat fort.
Parce qu'il fallait réduire les dépenses, parce que les fonctionnaires étaient trop nombreux, parce que l'administration n'était pas assez efficace, la droite a oublié une chose : il y a des missions que l'Etat est le seul à pouvoir remplir, et ces missions, il importe qu'il les remplisse bien.
Sous prétexte de réduire les dépenses, le gouvernement a limité les moyens ; pour diminuer le nombre des fonctionnaires, il les a retirés des services où ils étaient le plus nécessaires ; pour rendre l'administration efficace, il lui a fixé des objectifs irréalistes ou absurdes.
La maîtrise de la dépense publique, la réforme des structures et des collectivités, la mise en commun des moyens pour accomplir des tâches communes, sont nécessaires pour améliorer l'action de l'Etat ; mais elles doivent avoir pour but de renforcer cette action, non de l'affaiblir, dans ses compétences nécessaires.
Ces missions prioritaires, ces missions renforcées, ce sont celles qui garantissent, à chacun, l'égalité des chances.
Garantir l'égalité des chances, c'est proposer, dès le départ, une éducation de qualité, c'est offrir aux jeunes les moyens de réussir, c'est faire le pari de l'insertion par l'enseignement des sciences et des langues, de l'histoire et de l'économie, de la culture et des arts, pour leur donner les clefs pour comprendre le monde et le changer : c'est faire confiance à l'école de la République et lui accorder les moyens d'y parvenir.
Garantir l'égalité des chances, c'est mener une politique de l'emploi volontariste, c'est soutenir de toutes ses forces les structures d'insertion, publiques et privées. C'est refuser la logique productiviste, déshumanisée, du Pôle Emploi dont chaque conseiller suit plus de 300 dossiers. C'est affirmer au contraire que pour aider une personne à retrouver un emploi, il faut prendre le temps de l'écouter et de la connaître, c'est mettre les moyens pour y parvenir.
Garantir l'égalité des chances, c'est assurer la solidarité à toute personne confrontée aux aléas de la vie, c'est lui reconnaître un droit universel à la santé, au logement, à la sécurité, à la dignité, qui est la condition indispensable à son épanouissement et à son bien-être.
Garantir l'égalité des chances, c'est faire en sorte que tout citoyen, qu'il vive à la ville ou à la campagne, qu'il vive dans une cité ou dans un centre urbain, bénéficie d'un accès proche aux services publics. C'est mener une vraie politique d'aménagement du territoire, lutter contre la logique de désertification rurale et de désengagement des banlieues.
Cela passe, enfin, par la régénération du lien entre l'individu et la collectivité : la citoyenneté.
Etre citoyen, c’est un ensemble de droits mais aussi de devoirs. Pour que chacun ait conscience de ses devoirs, il faut d’abord qu’il ait pleine conscience de ses droits et que l’Etat en garantisse la jouissance.
Je place la culture au cœur de tout à cet endroit précisément, car elle permet à chaque individu d’avoir le sentiment d’appartenir à un groupe à travers des références communes, à travers une lecture du monde qui se partage et se transmet. Elle assure la cohésion sociale bien plus sûrement que toute force de coercition, mais à condition d’être envisagée à travers de véritables politiques culturelles. Cela implique des médiations, mais aussi et surtout la reconnaissance de ce secteur comme un véritable pan de l’économie. J'aurai l'occasion de développer ce sujet, cette relation entre la culture et la citoyenneté, dans de futurs articles.
Il a parfois été question d’intégration, d’assimilation aussi, mais on les a présentées alors d’une manière qui visait toujours exclusivement les populations immigrées et d’origine immigrées, alors que l’exclusion sociale est aujourd’hui, me semble-t-il, plus signifiante.
Je voudrais ici proposer le concept d’héritage et de patrimoines immatériels. Et justement en commençant par les individus d’origine immigrées ou immigrées.
Pour moi, vouloir les intégrer ou les assimiler est un non-sens absolu, poussant même au communautarisme de manière contre-productive, en voulant faire nier à des individus une part essentielle de leur identité. Pour faire se sentir français un enfant français né de parents immigrés, il me semble qu’il faut absolument que cette part étrangère de son identité soit valorisée comme une richesse et que l’on consacre des moyens conséquents dans les politiques culturelles à valoriser les cultures d’origine. Mais pas comme une culture vivante et de création en France, mais bien comme l’entretien d’un patrimoine, le sien et celui de la France dans son histoire.
Comme on préserve le patrimoine historique, il me semble que l’on doit préserver le patrimoine immatériel. Si l’individu sent que la culture de ses parents à toute sa place, et qu’elle est constitutive de la culture française, il se sentira français à son tour et respectera les valeurs de la France et de la République. Le respect ne se décrète pas, il se construit.
Cette approche, elle est valable pour tous les Français.
Tous ceux qui sont victimes d’exclusion sociale doivent retrouver le lien avec le corps social, avec la collectivité, par la culture, par une éducation, même des adultes, pour qu’ils renouent avec l’héritage et le patrimoine que leurs familles ne leur ont pas transmis ou que la misère leur a fait oublier.
Il faut pour cela mettre en place des dispositifs qui restaurent la dignité de l’individu, qui lui rappellent qui il est et quels rapports il entretient avec les autres, avec le monde et avec le corps social. Peu importe les moyens à mettre en œuvre, et les entreprises doivent prendre leur part aussi, il ne sera possible de lutter contre toutes les discriminations et la fracture sociale qu’en restaurant d’abord ce lien entre l’individu et les autres, la citoyenneté.
Il faudra ré-enseigner la laïcité, non point comme une contrainte mais comme le cadre de tolérance qui permet à tous de s'épanouir au sein de la collectivité.
Il faudra redonner du sens à la politique à travers une démocratie participative non truquée, redonner confiance aux citoyens dans la politique à travers des contrats d’objectifs mesurables y compris au plan le plus local, de la transparence à l'action politique en expliquant les choix.
Il faudra soutenir l'action des associations, qui permettent à la fois une vie sociale, l’épanouissement des individus par l’utilité et l'engagement, mais aussi une mise en œuvre concrète et vécue de l’intérêt général.
Alors quid finalement de mon engagement politique ?
Profondément démocrate, laïque, républicain, tout le sens de mon engagement politique, cette volonté inébranlable d’emprunter cette voie qui place l’homme au cœur de toutes les politiques publiques, qui fait de l’éducation et de la culture le socle de l’édifice, qui envisage l'économie, l'environnement et la solidarité comme autant de piliers sur lesquels reposent l'épanouissement individuel et le bien-être collectif, qui implique respect et entraide, liberté et devoirs, découle d'une foi immense en l’Homme et en l’individu.
Cette voie, qui ne saurait être complète sans l’inscrire également en se tournant vers le cadre politique européen et militer pour une Europe fédérale, à laquelle on donnerait à la fois la mission et les moyens de la mener à bien, cette voie est aujourd’hui pour moi incarnée avec force dans le courant de pensée radicale.
Se plaçant au-delà des clivages gauche-droite, le radicalisme a une histoire intimement liée avec celle de la République et si les aléas politiques du 20ème siècle ont scindé ce radicalisme en deux centres gauche et droite, la pensée qui les sous-tend demeure, au-delà des options d’alliance de l’un ou de l’autre, qui non seulement ne sont jamais définitives et pré-acquises, mais qui plus encore sont des chemins différents pour faire advenir une pensée politique commune dans ses fondements et ses valeurs.
En ce qui me concerne, j’ai choisi d’adhérer au Parti Radical de Gauche, assuré de ma liberté de pensée et parfaitement en phase avec mon engagement politique initial.
Ceux qui veulent en savoir plus trouveront ici le programme (http://www.planeteradicale.org/contenu/docs/149/Programme_Radical_Web.pdf ) et je serai ravi que tous ceux qui partagent les valeurs développées ci-avant viennent me rejoindre pour les porter plus fortement.
Merci à tous ceux qui auront eu le courage de me lire… A très bientôt.
Arnaud Weber.